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Écrire son histoire avec l’IA, une bonne idée ?

Oct 21, 2026 | Biographe

« Toute biographie ou tout récit intime vous renvoie à vous-même. »

Ces mots prononcés par Jean Reno dans l’interview qu’il a donnée à France Internet m’ont interpellé à plusieurs endroits.
D’abord, parce qu’ils parlent de mon quotidien de biographe. De la rencontre précieuse de l’autre dans son cadre de vie, dans sa part d’humanité, dans ses fragilités et dans ses forces, dans son histoire.
Ensuite parce que, de fait, cette plongée dans les souvenirs d’un événement ou d’une vie, implique une introspection – plus ou moins profonde – qu’il vaut mieux expérimenter accompagnée. J’y vois ce câble auquel se raccroche l’apnéiste du film Le grand bleu… On y descend en retenant son souffle, fébrile en se demandant ce qu’on va bien pouvoir trouver à chaque palier. Un peu de soi. Ça je le sais, le narrateurice s’en doute. Il va le vivre en tout cas, à SON rythme, à sa mesure.
Enfin, je ne peux m’empêcher de faire un pas de côté : si tout récit intime nous renvoie à nous-mêmes, que signifie alors livrer sa vie à l’IA générative ?

L’intelligence en question

Qui décide ? Qui rend intelligible ? Qu’est-ce qu’est-ce que cela signifie, de faire appel à cet outil ? Et il faut se poser la question, à l’heure où des entreprises proposent aux narrateurs d’écrire leur vie par ce biais.
Je pourrais prendre l’angle de la morale, mais il éviterait d’aborder le fond de l’histoire, si je puis dire, en renvoyant dos à dos les enthousiastes et les réfractaires. À mon sens, c’est l’intelligence même qui est à regarder, car c’est la clé pour ouvrir la porte au vrai choix.

J’aime assez une des définitions qu’en propose le Trésor de la langue française : « Fonction mentale d’organisation du réel en pensées chez l’être humain, en actes chez l’être humain et l’animal » parce qu’elle y adjoint une citation éclairante là encore :

« L’intelligence n’est pas seulement la faculté d’expliquer le monde, mais la faculté de s’expliquer avec lui ».

Jean Lacroix (1900-1986)

Philosophe , Citation issue de son ouvrage paru au PUF en 1949 (page 102)                                Marxisme, existentialisme, personnalisation : présence de l’éternité dans le temps. 

Le réel, chacun l’aborde avec ses cinq sens. Notre humanité, ce sont nos sensations, nos émotions, qui naissent de nos perceptions. Élever un enfant passe par le langage, donner corps et sens à ce qu’il ressent (voit/entend/goûte/touche/respire), rendre intelligible ce qu’il découvre. Créer des ponts : ce que tu dis, ce que j’entends, ce que j’explique, ce que nous comprenons, toi et moi, qui peut être différent. Intimement, je sais que l’autre a une part de moi et que j’ai une part de lui. Nous partageons globalement un même monde – parfois en particulier un contexte, une époque, une classe sociale. Ce que je pense se construit dans cet échange.

Quand j’écoute une personne raconter sa vie, je partage son humanité.

Raconter sa vie à une IA générative

Quand une personne fait le choix de se raconter à un agent IA, c’est-à-dire de livrer son témoignage à un programme informatique conçu avec des algorithmes permettant de répondre statistiquement tel mot après tel autre, et de construire des phrases telles qu’il les a apprises en décodant des milliers d’œuvres consultées en dépit du droit des auteurs, il n’y a pas d’intelligence. Il y a de l’automatisé, de l’artificiel.

Alors si j’en reviens à l’autobiographie, ce récit intime qui nous renvoie à nous-mêmes, que peut-on espérer de l’usage de l’IA générative ?

  • Un travail bluffant et immédiatement accessible. Nous avons pu le constater au séminaire de Biographicus, lors de la restitution de l’expérience à laquelle quatre de nos collègues se sont pliés pour nous.
  • Mais un écrit propre et standardisé qui passe à côté de ces infimes choses – indéfinissables ? – qui constituent notre humanité.

Certes, l’IA générative peut rapidement aboutir à un livre, mais où se placera la singularité de la voix du narrateurice ? Est-ce que l’auteur.e éprouvera la fierté de l’avoir écrit ?

S’il faut tant de temps à la narratrice ou au narrateur pour prendre la décision de se confier à un ou une biographe, c’est que le temps de se dire engage l’être. Cet engagement, ce temps qu’on se donne pour partager ses mots, ce qu’on a ressenti, éprouvé à une époque, comporte une valeur difficile à estimer. À mon sens, elle dépasse même ce que contient le livre.

Écrire le livre de sa vie en étant accompagné pour le faire, c’est une rencontre en humanité. Une aventure où la sensibilité humaine constitue l’outil, l’essence même qui donne sa teinte au livre. Je le pensais avant que l’AI générative devienne omniprésente, j’en suis plus que jamais convaincue.

Hélie Bécot

L'écriviateur qui donne des ailes à vos mots

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. Image libre de droits pour illustrer l’article : photographe Andres Siimon sur Unsplash

. Photo de Jean Lacroix, droits inconnus, tiré du site Hommage à Jean LACROIX​
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Nota bene : la question de l’IA dépasse la simple utilisation dans mon métier de biographe. C’est une question politique et même civilisationnelle. Mon propos évidemment rédigé sans IA exprime mon opinion par le prisme de la biographie. 

 

 

Contacts

Oullins / Métropole de Lyon

06 25 41 43 36

helie.becot@gmail.com

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